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route du thé

C’est la mi-temps pour Maserati

«#acannamorta» est le hashtag qui conclut tous les messages que le navigateur Giovanni Soldini partage sur les réseaux sociaux à bord du MOD70 Maserati. Parti le 18 janvier d’Hong Kong, le navigateur Italien et son équipage cosmopolite naviguent effectivement à «canna morta» – expression du jargon italien qui pourrait se traduire avec «à toute allure» – vers Londres, dans leur tentative de battre le record sur la Route du Thé, établi en 2010 par Gitana 13. Après un incident dans l’océan Indien – une collision avec un OFNI, qui a causé la perte et le replacement d’un safran, mais qui n’a en rien entamé ni la performance ni le moral des marins de Maserati, le 4 février, après 16 jours, 1 heure et 37 minutes de mer –, le trimaran a passé le cap de Bonne-Espérance sous un beau soleil. Cet endroit fort symbolique, représente aussi «les portes de la maison», comme l’explique à Voilesetvoiliers.com le skipper italien, joint avec Sébastien Audigane pour faire le point à mi-route.
  • Publié le : 08/02/2018 - 15:30

Equipage MaseratiC'est le 4 février à 12 h 20 TU, après 16 jours, 1 heure et 37 minutes de navigation que l'équipage du trimaran italien a passé Bonne-Espérance.Photo @ Maserati

Voilesetvoiliers.com : Comme s’est déroulé le passage dans le sens «inverse» à la normale (Ouest en Est) du cap de Bonne-Espérance ?
Sébastien Audigane : Nous avons franchi le cap au portant avec un bon vent, environ à 5-7 milles de la côte. Depuis le matin nous naviguions à vue de celle-ci et de ses grandes dunes blanches, donc nous avons eu le temps d’admirer le paysage. Ça a été vraiment sympa d’avoir pu passer si près car d’habitude, lorsque je courais le Trophée Jules Verne, nous passions très loin de Bonne-Espérance, environ à 5 000 ou 6 000 milles au Sud. Là, ça change !

Voilesetvoiliers.com : Avec le passage du cap de Bonne-Espérance, peu ou prou à mi-chemin vers Londres, les difficultés majeures de ce parcours sont-elles derrière vous ?
S.A.
 :
Nous sommes à mi-parcours et pour l’instant la traversée de l’océan Indien a été une promenade de santé, avec juste sur la fin trois fronts à traverser, à 500 miles au nord de l’île Crozet. Là, nous avons ressenti le froid des mers du sud, mais en général ça a été.
Giovanni Soldini : Je suis heureux d’être arrivé à mi-chemin avec le bateau en bon état. Maintenant il y a l’autre moitié du parcours, la route elle est encore longue pour nous… Niveau ambiance à bord jusqu’à maintenant, c’est top ! Je suis super content de naviguer avec Guido (Broggi, ndlr), Séb (Audigane, ndlr), Alex (Pella, ndlr) et Oliver (Hernandez Perrera,ndlr), on s’entend très bien. C’est un équipage nickel !

Giovanni SoldiniGiovanni Soldini, skipper du MOD70 Maserati, se régale sur cette Route du Thé.Photo @ Maserati

Voilesetvoiliers.com : Quels sont les pièges – météo en particulier – d’ici à Londres ?
G.S. :
C’est sûr que l’Atlantique présente des risques pour nous. On est à bord d’un petit bateau, pas conçu pour naviguer dans des grosses tempêtes, d’autant plus que nous allons arriver en Europe en plein milieu de l’hiver. Il faut espérer que Neptune soit clément et qu’il nous laisse passer.

Voilesetvoiliers.com : Comment travaillez-vous avec votre routeur sur cette route peu suivie ? Est-ce qu’il prend en considération le parcours de Gitana 13 ?
G.S. :
J’échange avec Pierre Lasnier tous les jours. On analyse ensemble la situation météo et on définit une route idéale. Ensuite, nous gérons la navigation sur le pont en fonction du vent, qui est parfois différente des prévisions. Je ne pense pas que Pierre regarde beaucoup la route de Gitana 13, mais plutôt la nature, il cherche à imaginer une route en harmonie avec les événements du moment.

Voilesetvoiliers.com : Pendant que l’on se parle, vous venez de choisir l’option par la route plus courte pour franchir l’Équateur, qui est encore à environ 600 milles de votre étrave : comment êtes-vous arrivés à cette décision ?
G.S. :
On avait deux options : la première, était de franchir l’Équateur par l’endroit où on le franchit normalement – ça veut dire entre 30 et 27 degrés Ouest de longitude –, en gros plus près du Brésil que de l’Afrique. L’autre option, sur laquelle tous les fichiers météo étaient d’accord ces derniers jours, nous permet de passer beaucoup plus près des côtes africaines, autour de 10 degrés de longitude. L’équateur a l’air assez fermé à l’Ouest, alors qu’on a la possibilité de bien passer à l’Est… du coup on essaie ! Je sais que c’est une route peu commune, je ne l’ai jamais faite, mais on la joue, on verra bien. Ensuite, on remontera vers la Guinée, ce qui nous économisera pas mal de milles et de temps : on devrait gagner au moins 24 à 26 heures en sortant ensuite au niveau du Sénégal, avec un angle au vent meilleur par rapport à l’alizé de Nord Est, pour ensuite poursuivre vers les Açores, contourner la haute pression et prendre un front pour l’Angleterre.

MaseratiS'il veut battre le record de la Route du Thé, Maserati - photographié ici en 2016 au départ de la Transat du RORC à Lanzarote - doit rallier Londres avant le 1er mars prochain.Photo @ RORC/James Mitchell RORC/James Mitchell

Voilesetvoiliers.com : L’avantage sur Gitana 13 (*) que vous avez cumulé jusqu’à maintenant vous fait déjà espérer un bon résultat ?
S.A. :
Oui, nous avons une belle avance de plus de 1 800 milles… Et nous espérons l’augmenter encore !

*. Lors de sa tentative victorieuse en 2010, Gitana 13 avait été contraint de patienter plus de 36 dans la baie d'Algoa (sur la côte Sud-Est de l'Afrique du Sud, avant Bonne-Espérance), pour laisser passer une forte tempête.

Route du Thé

Record Hong Kong (CHI) – Londres (GBR)
Distance : 13 000 milles
Record à battre : 41 jours, 21 heures, 26 minutes et 34 secondes
Détenteur : Gitana 13 (Lemonchois) en 2010
Départ de Maserati de Hong Kong : 18 janvier 2018
Avance de Maserati sur Gitana 13 : 1 813 milles
Pour battre le record, Maserati doit rallier Londres avant le 1er mars 2018

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